Glyphosate et atrésie de l’oesophage

Le lien entre les malformations de Théo, le fils de Sabine et Thomas Grataloup (atrésie de l’oesophage, sténose du larynx, absence de cordes vocales, trachéomalacie…) et son exposition au glyphosate in utero a été reconnu par les experts du Fonds d’Indemnisation des Victimes des Pesticides (FIVP) avec un niveau de certitude suffisant pour justifier d’une indemnisation officielle.

Cette première mondiale a largement été relayée par les médias, y compris à l’étranger.

Cette reconnaissance s’est basée sur un dossier de plus de 1000 pages reprenant les études scientifiques montrant le lien probable entre le glyphosate et certaines malformations dont l’atrésie de l’oesophage. C’est ce dossier qui a été examiné par les experts du FIVP et qui a été jugé suffisamment robuste pour justifier une indemnisation officielle.

Dans cette page, nous présentons ce dossier d’une façon synthétique et simplifiée, pour que chacun puisse comprendre comment le glyphosate peut causer des malformations, en particulier l’atrésie de l’oesophage.

1. Le glyphosate peut causer des malformations en perturbant le Shh

Etudes du Pr Carrasco en Argentine

Le schéma ci-dessous résume la façon dont le glyphosate et les pesticides qui en contiennent, dont le Roundup de Monsanto, causent des malformations. Il est tiré de l’étude du Pr Carrasco réalisée en Argentine sur plusieurs espèces de vertébrés dont le développement est proche de celui de l’homme pour ce qui est de l’oesophage et la trachée.

Glyphosate => hausse du taux d’acide rétinoïque => perturbation du signal du gène Sonic Hedgehog (Shh) => malformations.

Cette étude est essentielle, dans la mesure où elle démontre le mécanisme selon lequel le glyphosate peut causer des malformations. D’autres études montrent également des malformations causées par le glyphosate, y compris parmi les études initiales d’homologation du glyphosate.

Etude sur des porcelets malformés suite à une alimentation à fort taux de glyphosate

Au Danemark, Ib Pedersen – un éleveur de cochons – a constaté une forte augmentation des porcelets souffrant de malformations après avoir donné une alimentation fortement dosée en glyphosate, essentiellement importée d’Amérique Latine où la culture des OGM Roundup Ready est très développée.

Les malformations concernaient divers organes, dont le système digestif, comme pour l’atrésie de l’oesophage.

Les malformations ont cessé après un passage à une alimentation cultivée localement sans pesticides.

Le cochon est considéré comme un des « modèles animaux » les plus proches de l’homme, ces résultats peuvent donc être rapprochés des conséquences prévisibles d’une exposition au glyphosate chez l’embryon humain.

L’étude traduite en français est disponible ici (ATTENTION, certaines images peuvent heurter).

Synthèse des études sur les malformations liées au glyphosate

Pour plus de détails, les études scientifiques qui montrent l’effet tératogène (malformatif) du glyphosate sont analysées et synthétisées ici par l’équipe du Pr Antoniou*.
*Département de génétique médicale et moléculaire, Faculté des sciences de la vie et de médecine, King’s College London, Londres, Royaume-Uni.

2. L’atrésie de l’oesophage causée par une perturbation du Shh

Or de nombreuses études ont montré que la perturbation de la signalisation du Shh est probablement à l’origine de certaines atrésie de l’oesophage : « une anomalie de la signalisation Hedgehog causée par des effets environnementaux sur l’embryon humain pourrait être en cause » (voir l’étude).

Bien sûr, cela ne veut pas dire que toutes les atrésies sont dues au glyphosate (d’autres facteurs peuvent perturber le signal du gène Sonic Hedgehog Shh).

Mais cela veut aussi dire que le glyphosate ne cause pas seulement des atrésies car les études montrent qu’il affecte également le développement des membres, du crane, du système nerveux et de l’ensemble du système digestif, les malformations causées par le glyphosate peuvent donc être diverses.

3. Explosion épidémiologique des malformations dans les zones exposées au glyphosate

Ces résultats de laboratoire se retrouvent malheureusement à grande échelle sur des populations humaines, en particulier en Amérique du Sud où des cultures OGM résistantes au glyphosate se sont développées massivement. Ces cultures OGM sont pulvérisées plusieurs fois par an de glyphosate, ce qui a pour but de tuer toutes les « mauvaises » herbes tout en protégeant l’OGM qui a été modifié pour résister à ce pesticide. Il résulte de ces cultures OGM une très forte exposition au glyphosate des populations riveraines.

En Argentine, une étude commandée par le gouvernement provincial du Chaco – une région où la production de soja OGM résistant au glyphosate est intensive – a montré que les malformations congénitales avaient triplé dans la province et que les cas de cancer avaient quadruplé dans la localité agricole de La Leonesa en seulement 10 ans, une période qui coïncide avec l’expansion du soja OGM associé à l’utilisation intensive de pesticides à base de glyphosate.

Lien vers les études épidémiologiques menées en Argentine sur plus de 60 000 naissances.

En Europe, une étude basée sur un questionnaire adressé à des familles concernées par l’atrésie de l’oesophage aux Pays-Bas a montré une légère surexposition aux pesticides des familles concernées par l’atrésie de l’oesophage. Le nombre de questionnaires est cependant trop bas pour que le lien puisse être affirmé avec une robustesse statistique suffisante.

On ne peut que regretter que les centres de référence et associations de malades ne procèdent pas à des études environnementales robustes sur leurs bases de patients afin de déterminer à quelles substances les futures mamans ont été exposées au début de leur grossesse. Nos demandes ont malheureusement été refusées, la raison invoquée par certains étant que la révélation d’une implication des pesticides ne nuise aux intérêts de certains de leurs financeurs…

Une telle étude permettrait de déterminer quelles substances peuvent être en cause et de prendre des mesures de protection pour éviter de futur cas d’atrésie de l’oesophage et autres malformations.

4. Comment agir ?

Si vous êtes parents d’un enfant atteint d’atrésie de l’oesophage, ou si vous êtes vous-même concerné, et que la future mère a été en contact avec du glyphosate au début de sa grossesse, vous pouvez agir pour obtenir justice :

  • En déposant un dossier de demande d’indemnisation auprès du Fonds d’Indemnisation des Victimes des Pesticides si l’exposition au glyphosate s’est faite dans un contexte professionnel.
  • En attaquant en justice le fabricant du désherbant à base de glyphosate que vous avez utilisé si vous avez les preuves de l’achat du pesticide avec la marque clairement indiquée.
    Ce point est essentiel car le procès de la famille Grataloup contre Bayer/Monsanto n’a pas abouti par manque de cette facture d’achat, alors que le reste du dossier avait été jugé recevable et pertinent par les experts du FIVP. En résumé, la famille Grataloup apportait la preuve d’une exposition au glyphosate, mais pas de la marque du produit utilisé, ce qui empêchait de déterminer le fabricant de cette marque précise et donc de l’attaquer en justice.
  • En attaquant en justice les décideurs politiques français et européens qui ont maintenu l’autorisation du glyphosate en France et en Europe malgré la publication des études scientifiques ci-dessus, si votre exposition au glyphosate est postérieure.

Si vous souhaitez vous engager dans une telle démarche, que ce soit au FIVP ou en justice, la famille Grataloup tient à votre disposition les éléments scientifiques du dossier qui a abouti à sa victoire au Fonds d’Indemnisation des Victimes des Pesticides.

Si vous n’êtes pas directement concernés mais que vous souhaitez agir pour réduire l’usage du glyphosate, soutenez les associations comme Générations Futures qui documentent les dégâts sanitaires et environnementaux des pesticides et agissent pour limiter leur usage.


N’hésitez pas à contacter Sabine Grataloup sur Facebook, Twitter/X ou BlueSky.