S’alimenter avec une atrésie de l’oesophage

Après une opération de remise en continuité de l’œsophage, le début de l’alimentation par la bouche se fait progressivement et sous surveillance médicale. Chaque bébé évolue à son propre rythme.

L’objectif est de permettre à l’enfant de manger en toute sécurité, sans douleur ni risque de fausse route, tout en respectant la cicatrisation de l’œsophage.

Juste après l’opération, l’alimentation par sonde

Dans un premier temps, l’alimentation se fait souvent par une sonde (placée par le nez ou directement dans l’estomac). Cela permet d’apporter tous les nutriments nécessaires sans solliciter immédiatement l’œsophage opéré. Lorsque les médecins estiment que la cicatrisation est suffisante et que le bébé respire bien seul, de petites quantités de lait peuvent être proposées par la bouche.

Pour plus de confort, si l’alimentation par la bouche ne pourra se faire qu’après quelques mois, il est possible que les chirurgiens proposent aux parents la pose d’une sonde de gastrostomie. Elle remplace la sonde qui passe par le nez, ce qui libère le visage du bébé et lui permet d’avoir une vie quotidienne et des interactions facilitées.

Les premières gouttes de lait

Les premières tétées ou biberons sont souvent courts et demandent de la patience. Certains bébés peuvent tousser, s’interrompre ou sembler inconfortables au début. Cela est fréquent et ne signifie pas forcément qu’il y a un problème. Les équipes médicales, parfois avec l’aide d’orthophonistes spécialisés, observent la façon dont le bébé avale et adaptent le rythme et les quantités.

Il est également possible que le bébé présente des reflux ou des difficultés à faire passer le lait dans l’œsophage, notamment si celui-ci est encore étroit ou sensible. Des traitements, des ajustements de position ou des épaississements du lait peuvent alors être proposés pour améliorer le confort et la sécurité de l’alimentation.

Le réflexe nauséeux

Si votre enfant a été alimenté par sonde pendant plusieurs semaines, il est possible que son réflexe nauséeux se soit avancé vers l’intérieur de la bouche, voire les lèvres.

La rééducation du réflexe nauséeux est un accompagnement thérapeutique qui vise à diminuer une hypersensibilité de la bouche et de la gorge chez certaines personnes, en particulier chez les bébés et les enfants ayant eu des soins médicaux répétés au niveau de la bouche ou de l’œsophage.

Le réflexe nauséeux est un mécanisme de protection normal : il empêche les aliments ou objets d’aller vers les voies respiratoires. Chez certains enfants, ce réflexe devient trop fort ou trop facilement déclenché, ce qui peut provoquer des haut-le-cœur, des vomissements, un refus de manger ou des difficultés à accepter la cuillère, la tétine ou le biberon.

La rééducation consiste à habituer progressivement l’enfant à différentes sensations dans la bouche, de façon douce et sécurisée. Elle est généralement réalisée par un(e) orthophoniste ou un professionnel formé. On utilise des stimulations progressives (toucher des lèvres, des gencives, de la langue), des jeux oraux, ou l’introduction très graduelle d’objets ou d’aliments adaptés.

Cette prise en charge se fait sans forcer l’enfant et en respectant son rythme. L’objectif n’est pas de supprimer le réflexe nauséeux, qui reste utile, mais de le ramener à un niveau normal, afin que l’enfant puisse manger plus confortablement et sans appréhension.

Avec le temps, la plupart des enfants tolèrent mieux les stimulations orales, retrouvent du plaisir à manger et gagnent en autonomie. Les parents sont souvent impliqués dans cette rééducation, avec des conseils simples à appliquer à la maison pour soutenir les progrès au quotidien.

Patience…

La reprise de l’alimentation orale peut prendre du temps et se faire sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Certains bébés alternent alimentation par la bouche et par sonde pendant cette période. Cette étape peut être émotionnellement éprouvante pour les parents, mais elle fait partie du parcours normal de nombreux enfants opérés d’une atrésie de l’œsophage.

Avec un accompagnement adapté et un suivi régulier, la majorité des enfants progresse favorablement. L’équipe soignante reste attentive à la croissance, au plaisir de manger et au bien-être global de l’enfant. Les parents jouent un rôle essentiel en encourageant leur bébé, en respectant son rythme et en signalant toute difficulté ou inquiétude.